Chapitre Trois
« Pour rouler au hasard, il faut être seul. Dès qu'on est deux, on va toujours quelque part ».
-Madelaine Elster, sueurs froides
Mardi, 26 septembre
Quand je suis seule dans ma chambre, il m'arrive de m'imaginer que les fantômes la hantent. Je les vois très bien s'assoir sur mes meubles et m'observer, comme si ça les stupéfiait. Comme si les vivants les stupéfiaient. Ils ont l'air d'avoir tout oublié de leur passé. Ils n'ont plus de notion du temps. Bien sûr, eux, ils n'ont que ça à faire. Ce n'est pas comme nous, les « humains ». Nous sommes toujours occupés. Toujours absents. Jamais le temps. C'est ce que mon père me répétait tout le temps, enfant, quand je lui demandais si nous pouvions aller prendre une glace ensemble. Finalement, c'était toujours la femme de ménage qui venait avec moi. Mon frère, lui, préférait jouer aux jeux-vidéos et sortir avec ses amis. Parce que lui, voyez-vous, il en avait. Et c'est encore comme ça. On ne peut que vivre cachée dans l'ombre de son frère quand on est la s½ur de Pierre Bouvier. En me tournant vers ma commode, sans le vouloir, je m'imagine le fantôme de ma mère. Elle a de longs cheveux châtains clairs comme les-miens. Ses yeux verts brillent sous mon intrigue. Elle me ressemble. Je peux encore sentir son parfum pomme-cannelle. Son préféré. Le préféré de mon père. Je me frotte les yeux à l'aide de mes points, comme le ferait une fillette au réveil. L'image de ma maternelle disparaît aussitôt. C'est la deuxième fois qu'elle disparait. Enfin, pas l'image. Elle, je l'ai vu plus que deux fois. En fait, je parlais plutôt de ma mère. Je ne peux me remémorer d'autres souvenirs évanouis depuis longtemps, car mon père fit irruption dans ma chambre. Il ressemble beaucoup à Pierre. Des yeux marrons, des cheveux foncés et un corps grand et bien bâtit complète le portrait. C'est un homme insociable et austère. Toujours les pieds sur Terre. C'est un homme occupé, qui ne vit que pour son travail. Mais bon, ça, je crois l'avoir déjà dit.
« Papa : La direction a appelé...
Moi : ...
Papa : ... encore une fois. Quand ce n'est pas Pierre, c'est toi. Vous avez décidé de vous mettre contre moi, ou quoi?
Moi : Désolée d'être un fardeau de plus dans ta misérable existence ».
Je me lève et attrape mon cahier à dessins avant de sortir de la grande pièce qui me sert de chambre. Je préfère la qualifier de donjon à idée noires. Mouais, c'est plus morbide et ça tien au loin les esprits tordues. Je sors de la maison sous les appels de mon père. Ça ne me fait rien, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. Je connais le refrain. Il sera furax le temps que je parte et une fois revenue, il sera encore au travail et fera mine d'avoir tout oublié de notre trois cent-dix-septième dispute. Je ne sais où je vais, et ce n'est pas la première fois. Là, je parle de mon enlignement dans ma vie future. Je n'ai jamais vraiment accordé d'importance à ce que je ferai plus tard, ni vraiment mis en doute ce que je voulais. J'atterri à un endroit qui m'est familier. J'adore cet endroit et y viens régulièrement. Le paysage est principalement décoré d'un lac en bordure d'une forêt mixte. Ce n'est pas exactement du sable qui orne sur le sol, mais plutôt une infinité de variété de petites roches. Il y en a de toutes sortes. Je me souviens, la première fois que je suis venue ici, la large palette de couleurs qui faisait briller le sol me faisait rire. Ça m'émerveillait, me faisait rêver. C'est à peu près tout ce que l'on sait faire lorsqu'on est enfant. Et quand on vieillit, c'est à peu près tout ce que l'on ne sait plus faire. Je m'assois sur le sol de mon histoire et sort un crayon de ma poche. J'en ai toujours un sur moi. On ne sait jamais. C'est une habitude de famille sûrement, parce que Pierre en a toujours un sur lui, lui aussi. Par contre, lui il dit que c'est pour plus tard, lorsqu'il signera des autographes, quand il deviendra une « rock-star ». J'aime autant ne pas le contredire, c'est beau de rêver. Je parcoure des yeux la vue qui s'offre à moi. Ça part des nuages jusqu'au trou dans mon jean, au niveau du genou. Mon crayon glisse seul sur la feuille blanche, reproduisant ce que je vois. J'ai fais ce dessin des millions de fois, et il n'est jamais identiques à tout ceux que j'ai pu faire. C'est comme si on ne voyait jamais les choses sous un même angle.
« X : Tout le monde te cherche partout.
Moi : Peux-tu bien me dire pourquoi c'est toi qui me trouve en premier?
X : J'ai du flair pour les âmes perdues.
Moi : On croirait entendre le diable.
X : Ne reviens pas sur ce sujet, je te l'ai déjà dis, c'est toujours moi qui gagne ».
Il vient s'assoir à côté de moi. On dirait qu'il pense que je l'ai invité. Il se croit tout permis. Il essaie toujours de voir ce que je dessine, comme si ça pouvait l'intéresser. Je referme mon cahier noir et il détourne le regard.
« David : Je peux savoir pourquoi tu viens toujours ici?
Moi : Je peux savoir depuis quand tu t'intéresse à ce que les autres peuvent bien foutre de leur vie?
David : T'as raison, ça ne me ressemble pas ».
Il sort son paquet de cigarette et s'en allume une. Ce qui est beau avec lui, c'est qu'il ne s'éternise jamais.
« David : Tu viens ici depuis le jour où ta mère a disparue, pas vrai?
Moi : Tu me suivais, où quoi?
David : Hey, à l'âge de douze ans tu faisais partit de l'équipe de soccer, tu portais des shorts et des bas qui te montaient jusqu'aux genoux, tous les gars du coin te trouvaient très sexy ».
Je rêve ou il essaie de me draguer? Je ne me rappelais même plus qu'avant, je pratiquais un sport. Je jouais dans une équipe masculine et je me rappelle très bien que Pierre ait déjà frappé un des joueurs qui avait essayé de m'attraper les fesses. Depuis, j'ai arrêté. Un écureuil passe devant nous et je sourie en le voyant.
« David : T'aimes les petits rongeurs?
Moi : Quand j'étais petite, j'en avais apprivoisé un. Je l'avais appelé Choupou.
David : Choupou?
Moi : Te moques pas, j'avais que dix ans. J'ai jamais dit à personne que j'en avais un.
David : Pourquoi ?
Moi : Et bien, tu te souviens à l'âge de 8 ans, quand tu as jeté mon poisson rouge dans les toilettes en disant qu'il aimerait le voyage? Depuis ce temps là j'évite de répéter aux autres ce que je possèdes ».
Il ne répondit pas, sûrement parce qu'il voulait se remémorer ce souvenir qui l'avait bien fait rire. Il esquissa un sourire en coin, regarda à l'horizon et pris une bouffé de sa cigarette. Silence de plomb. Je ne peux dire combien de temps on est resté ainsi. Avec David, c'est étonnant. « Le silence est la vertu des sots ». Celui qui a écrit ça devait connaître David Desrosiers. Ça fait longtemps qu'il regarde au loin, en direction de la petite île au fond du lac. Il a un regard malicieux, même s'il paraît parfois vide. En ce moment, David a l'air inoffensif. Je dirais même presque sage. Attention, ne jamais sous-estimer David Desrosiers.
« David : Parles-moi d'elle.
Moi : De qui?
David : Tu sais très bien de qui je parle ».
Oui, c'est vrai. Je le sais très bien. Je n'ai juste pas envie de le faire.
« Moi : ...Pourquoi?
David : Pour m'informer. Pierre n'a jamais voulu me raconter.
Moi : ...
David : Allez, je ne le dirai à personne, les potins c'est pour la petite voisine, pas pour moi. Si je veux faire souffrir quelqu'un, c'est pas comme ça que je m'y prends.
Moi : Je suis censée me sentir soulagée?
David : À peu près ».
Je n'ai jamais raconté cette histoire à personne. Pourquoi je la raconterais au type auquel je fais le moins confiance? Je le connais depuis longtemps, et je ne sais toujours pas déchiffrer quand est-ce qu'il ment. Il me regarde intensément, ou plutôt, il me fixe. C'est comme ça qu'il a réussit à mettre plein de filles dans son lit. Je ne suis pas aussi vulnérable, je ne me ferai pas avoir aussi facilement. Je peux quand même le lui dire, ce n'est pas un secret, c'est juste une page de mon histoire.
« Moi : ...Un jour de mes douze ans, alors que je revenais de l'école, ma mère sortait de la maison et cherchait ses clefs de voiture dans son sac à main. Je me suis approché d'elle, pour lui demander où est-ce qu'elle s'en allait. Elle avait l'air surprise et désemparée que je sois là, comme si je ne devais rien savoir. Elle m'a regardé longtemps. Elle m'a serrée dans ses bras et a caressé mes cheveux, en prenant une grande inspiration. Je ne comprenais rien, je la trouvais juste...étrange. « Je pars pour quelques temps. Je reviens le plus tôt possible ». C'est ce qu'elle m'a dit. Ça fait maintenant quatre ans que personne ne la revu. Il m'arrive parfois de croire qu'elle est morte, ou encore qu'elle n'a jamais existé ».
Pendant mon récit, il m'écoutait sans rien dire en me regardant dans les yeux. Il avait presque l'air hypnotisé par ce que je lui disais. C'était la première fois que je le voyais s'intéresser à ce que quelqu'un peut bien lui raconter. Je lui prends sa cigarette des mains sans l'avertir et en prends une bouffée. Il me laisse faire, ça lui est égal, comme pas mal de choses. J'écrase le mégot sur le sol et rassemble mes jambes entre mes mains, puis pose ma tête sur mes genoux. David attend un peu, et se relève. Il me regarde et me tend sa main. Je le fixe et fronce les sourcils.
« David : Si je te ramènes pas bientôt, ton frère va m'accuser d'un je ne sais quoi. Alors, tu viens? »
J'hésite un moment. Je ne veux pas partir d'ici. Pas tout de suite. Je veux disparaître. Comme ma mère. Comme les fantômes dans ma chambre lorsque je me rends compte qu'ils n'existent pas. Comme les formes sur mes mûrs que je dessine et que mon père m'ordonne d'effacer. Comme mon paternel qui disparaît le matin pour aller travailler et revenir seulement aux petites heures du matin. Tout est éphémère. Je prends mon cahier de ma main droite et tends l'autre à David, qui s'empresse de l'attraper. Il me tire vers lui, toujours ma main dans la sienne, me rapprochant de lui et à peine ais-je terminé de me relever il colle son corps au mien et m'embrasse. Je le repousse aussitôt, ébahie.
« Moi : Qu'est- ce que tu fais?!
David : Je... euh... »
Ça doit être la première fois de sa vie qu'il ne sait pas quoi dire. J'ai les larmes aux yeux, je ne pourrais dire pourquoi.
« Moi : Qu'est-ce que t'as fait? Tu ne m'aimes même pas. Et moi non plus.
David : Alors pourquoi ta main est encore dans la mienne? »
Je la retire immédiatement et le regarde dans les yeux. Son regard est plus doux que d'habitude. Si je ne le connaissais pas autant, je dirais presqu'il est désolé. Je ne me laisserai pas amadouée comme ça. David Desrosiers aurait-il pour la première fois de sa vie des regrets?
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C'est ça! Si vous avez aimé, faites moi le savoir! Ou si c'est le contraire, bah dites moi le aussi, pour que je puisses m'améliorer! :) Sinon, mention spéciale à my-fic-sp qui a un peu beaucoup deviné la suite :).
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